Et si le véritable équipement collectif du 21ᵉ siècle n’était plus un bâtiment, mais un espace ouvert, vivant et partagé ?
Pendant près de dix ans, Vive les Groues a été un lieu de vie en plein air. Une ancienne friche devenue un jardin commun, un lieu d’activités pédagogiques et artisanales, un espace où l’on pouvait se promener, pique-niquer, fêter un anniversaire, prendre soin des arbres plantés ensemble.
L’intention initiale relève d’une part d’un urbanisme progressif : susciter l’émergence d’usages contextuels pour les intégrer ensuite à la programmation urbaine ; et d’autre part d’une expérience sur les espaces partagés de plein air.
Dans nos métropoles toujours plus denses, où les logements sont souvent petits et où les besoins de nature, de fraîcheur et de lien social ne cessent de grandir, pourrions-nous permettre l’existence d’une maille régulière d’espaces extérieurs de nature, de convivialité et d’engagement local ?
Ces espaces ne remplacent ni les parcs publics, ni les jardins partagés, ni les terrains d’aventure. Ils prolongent cette histoire en réunissant, dans un même lieu, des fonctions sociales, écologiques, culturelles et citoyennes jusqu’ici souvent séparées.
Ces lieux répondent à plusieurs grands défis contemporains : adaptation climatique, santé, biodiversité, hospitalité, démocratie locale, engagement citoyen, qualité de vie. Peu d’infrastructures publiques répondent simultanément à autant d’enjeux. Pourtant, ces espaces restent mal identifiés dans les politiques publiques. L’expérience de Yes We Camp est révélatrice : tous nos projets de plein air ont dû fermer sans avoir trouvé leur équilibre.
À l’occasion de sa soirée annuelle, ce jeudi 2 juillet, Yes We Camp propose une conversation en mouvement à travers Vive les Groues. En parcourant le site, cinq intervenants partageront leur regard pour défendre ensemble cette intuition : et si les espaces communs de plein air devenaient une infrastructure métropolitaine essentielle de notre époque ?
Les interventions
Nicolas Détrie — Yes We Camp > Le paradoxe
Depuis dix ans, Yes We Camp développe des lieux hybrides permettant des rencontres, des fonctions sociales, des activités économiques, artistiques et artisanales, ainsi qu’un engagement des riverains. Tous les lieux disposant de bâtiments ont trouvé leur équilibre, mais les lieux de plein air ont fermé sans avoir trouvé leur modèle. Retour d’expérience sur Foresta, Bercy Beaucoup et Vive les Groues.
Estelle Sabatier — Pavillon de l’Arsenal > Rendre visible un angle mort
Comment observer et qualifier ces espaces hybrides ? À partir des travaux de l’Apur consacrés à l’urbanisme transitoire, cette intervention montrera pourquoi les espaces communs de plein air restent encore difficiles à identifier dans les catégories classiques de l’aménagement, et ouvrira des pistes pour mieux reconnaître leur rôle dans les métropoles contemporaines.
Jean-Christophe Nani — Fondateur de TN+ > Le paysage comme bien commun
Les espaces communs de plein air produisent des usages, mais ils fabriquent aussi du paysage. Ils accueillent la biodiversité, transforment les sols, permettent de planter des arbres et créent des attachements durables. Leur héritage est autant écologique que culturel et social.
Thierry Boutonnier — artiste > Des communs négatifs à la diplomatie des arbres
Les friches portent l’héritage du passé, notamment les pollutions et les sols dégradés. Des “communs négatifs” qui traversent les générations. Peut-on transformer ces héritages en espaces de réparation ? Il faut proposer une autre relation au vivant, fondée sur le soin, le temps long et une diplomatie avec les arbres.
Andrea Urbina — Bruxelles Environnement > Quand la puissance publique fait confiance
À Bruxelles, la Région expérimente une autre manière de faire la ville : conserver la propriété des terrains tout en confiant leur occupation et leur animation à des collectifs citoyens. Un retour d’expérience concret sur les conditions qui permettent aux espaces communs de devenir de véritables politiques publiques, fondées sur la confiance, la coopération et la co-construction.
Cette rencontre est organisée par Yes We Camp dans le cadre de sa soirée annuelle.

