Méthode

Nous concevons nos projets comme des “espaces communs temporaires”, dont la qualité est d’augmenter les réciprocités naturelles entre êtres humains et acteurs habitant un même environnement. Pour cela, nous nous attachons à contrer
les entraves caractéristiques des villes aujourd’hui  : les coûts trop élevé qui empêchent la mixité, les sentiments de défiance et d’impuissance, et plus globalement la fragmentation professionnelle, sociale et spatiale, qui semble agir comme guide du développement urbain dans de nombreux endroits de la planète. Nos projets sont des prototypes pouvant agir comme antidotes à ces entraves  : des espaces “autorisants”, partagés, hospitaliers et fertiles, au croisement de deux dynamiques contemporaines : maximiser l’usage des ressources (foncières notamment), et encourager l’implication citoyenne.

Fabriquer des échéances judicieuses

Quand on a seulement un ou deux ans de fenêtre d’action, il ne faut pas attendre six mois pour commencer à mettre en oeuvre un projet ! Le caractère temporaire des déploiements portés par Yes We Camp crée une dynamique d’implication nouvelle, qui inverse la méthode classique de conception/déploiement d’un projet. Il faut aller vite, oser, et se soucier davantage du processus que du résultat. Le temps court crée les conditions fertiles du changement : droit à l’erreur, souplesse réglementaire, réactivité et vitalité d’action. Ainsi, même pour des projets sur des temps longs, nous nous attachons à créer des séquences ciblées de quelques mois ou quelques années.

Oublier la rente foncière

L’autre intérêt du temporaire est de pouvoir mettre entre parenthèse la mécanique d’exigence d’une rentabilité foncière. On sort de la logique d’investissement qui impose un prix à « être là », pour concentrer toute l’énergie des occupants sur les usages collectifs et les expérimentations sociales. Ces micro-territoires vierges de redevabilité financière sont des démonstrateurs de l’énergie qui pourrait exister dans une ville plus économique.

Investir à court terme

Une partie des « grands projets » sont pensés très en amont, souvent chers, et longs à mettre en œuvre. À peine livrés, ces programmes peuvent alors être déjà en partie obsolètes, et difficilement évolutifs. Les usages aujourd’hui changent vite, la ville se transforme, et pourtant la question des temporalités multiples est encore peu présente dans les formations en architecture et en conception urbaine. Nos projets se déploient sur la base d’investissements “à court terme”, pour assurer le socle nécessaire à l’amorçage des usages désirés. Leur montant doit être cohérent avec la durée du projet. Nous les quantifions en €/m²/an ; ils représentent en général entre 6 et 15% du coût de gestion global du projet.

Accueillir la vulnérabilité

Il ne suffit pas d’affirmer qu’un espace est “ouvert à tous” pour qu’il accueille de fait une mixité d’usagers. Seules les populations aisées se déplacent facilement. La présence de populations vulnérables se décide en installant volontairement des programmes dédiés à ces personnes au coeur même des projets. La cohabitation qui résulte de ce choix devient une donnée structurante de l’intensité du projet. Ainsi l’accueil au centre de projets hybrides de personnes fragiles ou réputées dérangeantes, si souvent reléguées aux territoires en déprise, devient le socle d’une urbanité dynamique et attractive.

Se nourrir du réel

Tous nos projets se construisent sur le terrain. L’amorce est travaillée par l’identification d’un socle narratif composé de manière contextuelle, prenant en compte l’histoire, la géographie et les forces locales en présence. Puis le projet devient réel par son déploiement physique, et cette réalité devient notre nouvelle matrice d’appréhension des choix. Une gouvernance réactive est indispensable pour toujours adapter la forme du projet, à la rencontre des intentions initiales et de la réalité immédiate. Habiter le site et s’exposer aux autres sont des actes de permanence qui aident à trouver la justesse d’action.

 

Réveiller la capacité collective

Pour créer un espace “apprenant”, “autorisant” et “”capacitant” et construire de nouveaux imaginaires collectifs, nous travaillons d’abord les émotions. Faire en sorte que par le simple fait de pénétrer un espace, le visiteur ressente au fond de lui que les
règles sont différentes, et favorables à l’initiative : c’est tout le travail de la narration, du design graphique, des interventions artistiques, de la programmation culturelle et de l’aménagement des espaces. Notre rôle est de créer une panoplie d’outils capables de transformer ces envies d’implication pour les transformer en capacité collective : un guichet d’accueil et d’écoute, et une régie technique des possibilités locales proposant des ressources mutualisées.

Place aux marchants

La réalité de nos projets est aussi leur capacité à s’autofinancer en partie par des recettes marchandes. À défaut de réussir à mobiliser des fonds publics ou privés pour la réalisation de projets par nature temporaires et indéterminés, nous avons développé plusieurs dispositifs marchands de vente de nuitées, de repas et de boissons aux visiteurs de nos sites. Ces métiers de services et d’échanges et leur juxtaposition forment le socle quotidien de la ville depuis toujours. Ils sont capables de nombreuses interfaces sociales, de rendre des services urbains qui dépassent leur fonction première, et sont supports d’invention, de sociabilité et de dynamique collective.