Annulation de MuCEM Plage, communiqué du 16 juin 2015

Dimanche, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille annulait sa programmation d’été, des installations éphémères conçues par nous, Yes We Camp, et des créateurs associés. En réponse aux questionnements qui nous sont parvenus au cours des dernières heures, nous publions ce soir un nouveau communiqué.

Ouverture ! Partage ! Création !

Ces derniers jours, toute l’équipe de Yes We Camp était tournée vers les préparatifs de ce qui devait être MuCEM Plage : plan d’implantation, notes de calcul, autorisations, budget, programmation, recrutements, contrats, sécurité, sourcing des matériaux, préfabrication dans nos ateliers de l’Estaque. Nous réalisons aujourd’hui que nous n’avons pas pris le temps de formuler nos intentions. MuCEM Plage n’aura pas lieu mais il n’est pas trop tard pour partager avec vous les raisons de notre engagement dans ce projet.

Un espace littoral pour tous

MuCEM Plage, c’était d’abord l’affirmation du J4 comme un espace populaire, à contresens des projets de privatisation des accès à la mer. C’est important pour nous, comme à l’Estaque en 2013, de faire la démonstration que les espaces littoraux peuvent accueillir des événements ou équipements ouverts à tous, gratuitement, et que ça se passe bien. Polder gagné par l’homme sur la mer pour développer l’activité maritime, le J4 a été “rendu à la ville” en 1995, d’abord fermé au public en attente de grands travaux, puis finalement ouvert grâce à un aménagement éphémère. Les quelques années de travaux du MuCEM ont fermé l’accès au site et empêché temporairement cette occupation spontanée de déambulation et de jeu. Nous saluons l’initiative du MuCEM d’avoir proposé sur ce terrain, qui appartient à la ville, une occupation conviviale sans barrière ni billetterie.

Un musée qui sort de ses murs

Ensuite, ce qui nous a convaincu dans cette initiative est la démarche volontaire d’un musée d’État qui par le truchement d’une “plage”, proposait à tout le territoire de venir partager une bonne tranche d’été, au contact des visiteurs du musée, et à franchir le pas vers le monde muséal grâce aux différents ateliers, rencontres sous le parasol, siestes sonores en lien avec les expositions et visites surprises du musée. En cohérence avec l’élan Marseille 2013 qui a vu sa naissance, le MuCEM montrait que, tout autant que ses collections, les publics l’intéressent, et que sa mission de “musée de société” devait l’amener à sortir de ses murs et lancer une invitation : venez tous au musée cet été. Plage, animations, ateliers, visites… il y en aura pour tous les goûts.

Le partenariat avec des créateurs

Une autre grande satisfaction était de faire intervenir une dizaine de jeunes artistes, architectes, collectifs, qui ont contribué à la conception du site et devaient venir construire les structures qu’ils avaient inventées pour l’occasion, avec comme dénominateur commun une forme de générosité : fontaines végétalisées, douches solaires, cuisine publique, ombrières toilées, phare à hamacs, coussins parlants, galerie de peinture libre, etc, autant d’espaces supports d’une programmation faisant intervenir une cinquantaine d’artistes, artisans locaux et astrophysiciens.

L’imaginaire balnéaire

Fallait-il pour ce projet une plage de sable ? Tout d’abord, attention à la sur-interprétation. La “plage” imaginée dans le projet initial était une installation parmi d’autres et ne devait couvrir que 10 % du site, mais cette idée compte pour nous. On touche là à l’imaginaire balnéaire, les pique-niques en famille et le bain de soleil. Notre souhait de créer des rencontres passe par la possibilité de passer du temps sur place, au-delà d’une simple visite des installations. Sur la plage, on s’installe, les enfants jouent, on marche pieds nus et on s’allonge. Nous envisagions comme un espace de socialisation et de découverte avec une vue extraordinaire, situé en plein centre-ville, au Nord du Vieux-Port, loin des calanques comme des plages de Corbières.

La gestion des matériaux

Le sable était fourni par une entreprise partenaire sans contrepartie financière. Il venait de carrières situées à tout juste 60 km de la ville et aurait été ensuite utilisé sur d’autres chantiers. Au fil des remaniements du projet, la plage de sable avait laissé la place à une plage de nattes africaines, dont les coûts de transport et d’installation étaient moindres. Les échafaudages qui formaient les structures de nos principales installations auraient repris leur vie d’échafaudages après le projet. Plusieurs structures étaient entièrement réalisées en matériaux de réemploi grâce aux filières de valorisation des déchets de construction que nous mettons en place tout au long de l’année. Tout le bois devait être recyclé. L’eau des fontaines était réutilisé sur place pour irriguer les plantes. Dans le même registre écologique, les produits prévus à la buvette étaient de fabrication artisanale et locale.

Argent public et entrepreunariat

Enfin, l’argent. C’est important de comprendre le modèle économique que nous avions choisi. Un tel projet, avec sa programmation culturelle d’ateliers, soirées, débats, etc, et surtout ses aménités publiques collectives : ombre, plantations, fontaines, cuisine collective, espaces de sport, installations artistiques, sur 6000 m² avec les réseaux d’eau et électricité, coûte une certaine somme, en l’occurrence un coût total d’environ 700 000 euros, équivalent aux budgets d’un certain nombre de festivals. Sur son budget propre, donc sans financement supplementaire, le MuCEM pouvait prendre en charge la partie correspondant au coût de la construction, soit 55 % du coût global ou encore 1,6% de son budget annuel. De son côté, Yes We Camp proposait de prendre à sa charge les autres 45 %, qui incluaient les coûts de conception, de coordination et de gestion de la période d’ouverture, en comptant rémunérer ses équipes (40 personnes pour la construction, 50 pour la gestion de l’ouverture) grâce aux recettes de la buvette et de l’épicerie. C’était donc un modèle économique hybride, alliant financement institutionnel et entrepreneuriat. Ce projet aurait aussi permis de stabiliser l’équipe de Yes We Camp avec quatorze recrutements sur des contrats de 6 semaines à 4 mois, qui concernaient des personnes qui oeuvrent bénévolement au sein de l’association depuis 2012 ou 2013. D’autre part, le coût de 380 000 euros à la charge du MuCEM est à évaluer au regard du nombre de visiteurs prévu (400 000). Le coût public aurait donc été de moins de un euro par visiteur.

Nous sommes à votre disposition pour prolonger les échanges sur ce projet ou sur nos autres projets en cours : la Caravanade à Marseille et sur le territoire métropolitain, et la participation à City Camping des Berges de Seine à Paris. Nous réaffirmons, une nouvelle fois, ce qu’est le champ d’intervention de Yes We Camp : investir des lieux ouverts, créer des structures éphémères, organiser des événements collaboratifs et festifs, pour permettre des usages spontanés et accueillir des publics aussi variés que possible. À bientôt sous le soleil.
Toute l’équipe de Yes We Camp .